24 août 2010

Colette, une femme insoumise...

Voici probablement le premier d'une longue série de posts sur Colette. Le titre n'est pas de moi, je n'aurais pas osé. Colette, une femme insoumise est le titre d'un long entretien radiophonique donné par Colette au journaliste André Parinaud et réédité par l'INA et Radio France. Une femme insoumise... Peut-être était-ce le titre donné à l'époque par le journaliste à cet entretien qui aujourd'hui prête à sourire. Pour moi, Colette n'a rien à voir avec l'émancipation de la femme au XXème siècle et ce n'est pas non plus l'intérêt premier de ces entretiens. Colette était effectivement un être insoumis mais ce n'est pas, me semble-t-il, de sa condition de femme qu'elle tient cette qualité. Une écrivaine insoumise, peut-être. Elle est l'inventeur (?) d'une écriture libre et légère, d'une sensibilité et d'une finesse qui ne gardent de l'appesanteur que le stricte nécessaire pour se poser au sol comme de petites pates de chat, avec grâce et délicatesse mais aussi avec un certain poids. Et ces entretiens ne montrent rien de plus que cette farouche indépendance, avec cette voix fière de n'avoir rien à prouver à personne, qui renvoit le journaliste dans ses filets dès qu'il tente de s'approcher un peu trop du réel. Je n'ai entendu de ces entretiens que des extraits diffusés sur France Inter dans le cadre de l'émission estivale Partir avec. C'est un vrai bonheur d'entendre cette voix rassurante, légère mais bien ancrée dans la terre avec ces rrr un peu trop roulés qui rappellent les origines de Colette, fille de la campagne qui a conquis le tout Paris en un claquement de doigts. Dans ces extraits, le journaliste tente de lui faire avouer que Claudine, c'est elle, comme Flaubert l'avait fait avec Madame Bovary sans même qu'on le lui demande. Cette jeune fille malicieuse aux longs cheveux dont l'histoire a suivi les étapes de la vie de Colette comme un soeur jumelle, ça ne peut qu'être elle n'est-ce-pas ? Mais Colette tient bon pendant plus de deux heures sans se laisser embobiner parce qu'on n'emmène pas Colette où elle ne veut aller. Et Willy, l'opresseur, le copieur, celui qui a signé de sa plume les chefs d'oeuvre écrits par sa femme ? Colette n'ira pas là non plus. Car sans Willy, elle n'aurait peut-être jamais écrit. Et plus intéressant encore, ces entretiens entrent en détails dans l'écriture et le procédé d'écriture. Et Colette d'avouer dans sa grande naiveté très consciente qu'elle n'aimait pas écrire...

Colette, une femme insoumise, Co-édition Ina Radio France, 2h17, 21 €